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L’arbre qui cache la forêt


Claire Hannicq est une jeune artiste française en résidence à la Fonderie Darling. Arrivée avec peu de matériel elle a agit avec des matériaux d’apparence simple. Durant 6 mois, elle a frappé une masse de plomb, brulé du papier photographique, carbonisé des branches, capturé l’obscurité de la forêt laurentienne. Ces gestes à la fois méticuleux et iconoclastes rendent l’évidence de la forme moins directe : quelque chose se passe et la matière n’est plus là, n’est plus simplement rendue visible. Dans l’atelier les indices du processus sont rares, peut être. Il y a peu de traces des actes de Claire Hannicq dans cet espace. Tout y semble être retenu et contenu dans un seul objet final, qui condenserait tous les gestes, contiendrait toutes les strates de temps déployé pour le créer. L’objet est là sur un socle ou contre un mur dans une apparition timide mais prometteuse : il est l’arbre qui cache la forêt.

Il y a une forme d’alchimie intuitive dans les œuvres présentes dans cet atelier, renforcée par une idée d’un geste tenu secret, presque disparu d’entre les murs pour celui qui y chercherait des indices de ce qui s’est passé. L’alchimie relève du choix des matières premières de Claire Hannicq : des matériaux naturels ou bruts à fort coefficient symbolique tel que le bois ou le plomb, sont manipulés et modifiés peu à peu par la suite. Cependant, la matérialité d’origine ne persiste pas longtemps et la forme concrète devient résidus sous forme de cendres, fumée ou image.


L’artiste mène l’objet à travers plusieurs étapes de transformation : le plomb est travaillé en une forme qui est photographiée puis détruite pour être ensuite remodelé, photographié à nouveau et cela répété à l’envi pour composer une série d’images qui n’aura qu’une existence virtuelle (visible uniquement sur un site internet lesdisparaissants.com). Le bois lui est détruit à petit feu : la branche est carbonisée puis grattée, puis carbonisée à nouveau jusqu’à ce que la matière devienne trop rare (Burn, Burn, Burn). Dans ces deux projets Claire Hannicq répète un geste pour mener l’objet à une sorte de perte. Son geste est à la fois assumé et flottant : ni entièrement iconoclaste car marqué par un attachement à l’objet, ni complètement nostalgique car le processus est documenté et n’est pas effacé. Quelque part, le long du processus un paradoxe apparait et ne le quitte plus. 



Son atelier d’apparence neutre est en fait rempli de vifs contrastes. Chacune des créations est marquée par des contradictions entre l’ombre et la lumière, la matérialité et l’image virtuelle, la permanence et la disparition. Si Claire Hannicq joue timidement avec le feu, elle joue volontiers avec le paradoxe. Il n’est pas une équation simple, fait d’opposition entre deux termes, car ici les images sont nombreuses. Les images de l’artiste vivent emboitées, superposées, combinées. Si une image apparait sur un mur ou une table, il est très probable qu’elle en cache plusieurs autres, tapies dans l’ombre, camouflées. Claire Hannicq ajoute ou supprime des strates de réel, fait surgir des images fortes qu’elle ne laisse jamais telles quelles : dans l’atelier les projections et impressions sont toujours plus complexes qu’elles ne paraissent et sèment le doute sur ce que l’on voit. En quittant l’atelier, la première impression ne sera plus jamais la bonne là où l’image est menée au delà de sa première apparition.