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EN TROMPE L'ŒIL

Mon rapport à la création passe par un travail physique, un lien indéniable à la matière et au savoir-faire. Il naît pourtant d'un questionnement sur l'immatériel et l'invisible.
Il vient surtout d'un trouble fondamental occasionné par les rapports humains. Il surgit dans les distances, les liens et les attachements, les proximités et les écarts, les ruptures et les dépendances. Voiles et lames contre cordages et miroirs évoquent ce qui fait et tourmente nos échanges sociaux, nos manières d'être tour à tour dans ou hors du monde et de la société.

Beaucoup de mes œuvres jouent de l'illusion, comme c'est le cas dans les marqueteries de Lové qui simulent le volume grâce aux ombrages du bois brûlé.
Il en va de même dans les tissus décolorés au soleil des Dévoilements, La Tombée et Fenêtres, ou dans la série des Lames dont les reflets sur l’émail brillant dérangent ceux dessinés à la poudre de verre.

D’autres pièces figurent une illusion de «fond», comme dans Les disparaissants ou La Geste, qui mettent en scène par la photographie un objet en mutation perpétuelle. La malléabilité de la cire ou du plomb me permet de modeler à l’envie la matière et de lui transmettre une charge de formes, fantômes, qui résonne avec mon attachement pour l'invisible et la forme du récit.
À travers ces objets contenants j'assemble une constellations de signes qui irrigue l'ensemble de mon travail.

Enfin des installations immersives telles que La Grotte, Ashes ou La Nuée L'Antre, induisent un rapport physique au dévoilement de l’œuvre par les déplacements du spectateur. L’éblouissement ou l’accumulation mis en scène perturbent la lecture de l’image, interrogeant notre relation ambigüe au monde par le visuel.
2021

JAILLIR

Je questionne la portée du regard, différencie ce qui est perçu de ce qui se dévoile par intuition. C'est une manière de confronter le visible et le deviné. C’est une recherche sur la découverte de l’image et sur la poésie qui opère au moment où celle-ci se révèle.
Ma pratique est polymorphe, incluant l’installation et la photographie, la sculpture et la projection-vidéo. D’une pratique conceptuelle, expérimentale et optique, j’oscille vers des références intuitives, symboliques, voir mythologiques.
Cette transdisciplinarité alimente mes recherches en favorisant le renouvellement de ma position.

Parce qu’elle est "une énergie émanant d’un corps agissant sur la rétine de manière à rendre les choses visibles", la lumière œuvre à une apparition saisissante de l’image. Mais puisqu’elle peut subir le prisme déformant du reflet, éblouir, former des ombres, parce qu’elle détériore la matière fragile, elle devient l’outil par lequel l’image est créée puis altérée, déformée, éloignée de nous.
La lumière, sous les formes variés de la vidéo-projection, du soleil, de lampes réverbérées, va permettre d’occulter certains de mes travaux. Le caractère immatériel et changeant de ce qui les voile va ainsi amplifier la portée de leur apparition.
Ici l’image, avec retard, jaillit.
2016